Règles, consignes et interdits.

 

Une des questions qui revient régulièrement sur le groupe concerne les règles : « Comment les définir et que faire si l’enfant ne la respecte pas ? »

Pour ma part je fais la distinction entre règle et consigne :

La règle, selon moi, est absolue et concerne les faits non négociables : sécurité, santé, respect…

La consigne est une règle qui s’applique selon les circonstances et qui peut évoluer.

Les règles :

  • Doivent être investies par tous (à commencer par l’adulte), donc si je demande à mon enfant de ne pas donner de tape, je ne lui en donne pas non plus.
  • Doivent être sérieuses et peu nombreuses : ne pas frapper, ne pas insulter, s’attacher en voiture… Une règle « en l’air » décrédibilise les autres (par exemple « on mange avec les couverts » est-ce vraiment important ? Ou bien crée-t-on une règle qui sera forcément difficile à mettre en place).
  • Doivent être fixes : la règle s’applique à tous, tout le temps.
  • Doivent être pertinentes et réelles, et ne pas restreindre la liberté de l’enfant sans motif sérieux (si un garçon veut porter une jupe, aucune « règle » ne lui interdit).

Le fait de multiplier et hiérarchiser les règles conduit l’enfant à ne pas les comprendre. Par exemple s’il existe une règle « ne pas frapper » et une règle « ne pas courir dans la maison », l’enfant peut être amené à frapper un copain qui court dans la maison car il ne respecte pas la règle. Voilà pourquoi nous vous proposons de compléter ces règles, quand c’est nécessaire, par des consignes.

Les consignes :

  • S’adaptent au contexte : présence de bébé, météo, circonstances…
  • Évoluent avec l’enfant et le parent.
  • Peuvent (doivent ?^^) être transgressées sans que cela ne comporte de risque.
  • Doivent être peu nombreuses et compréhensibles pour l’enfant.

 

Les consignes et les règles :

  • Doivent être précises. Il est plus facile pour l’enfant de comprendre « Peux tu ranger les livres dans la bibliothèques stp ? » que « Peux-tu ranger le salon stp ? ».
  • Doivent être sans condition : si la consigne est de monter son cartable le soir, et qu’elle est légitime pour vous, c’est ainsi, sans récompense ni punition. Pour cela, nous devons accompagner l’enfant et l’aider à respecter et surtout comprendre les règles/consignes : lui expliquer, lui rappeler si nécessaire (je vois que ton cartable est encore en bas des escaliers, peux tu le monter stp / ne frappe pas ton copain, tu peux exprimer ta colère en faisant …). Mais pour autant cela ne doit jamais nécessiter de punition. Si un problème persiste avec une règle/consigne, c’est que soit l’enfant n’est pas en mesure de la comprendre/de l’investir, soit elle n’est pas « importante » et investie, soit elle doit être rediscutée ou abandonnée.
  • Doivent être modulables en fonction des âges/capacités/événements et du lâcher-prise… Nos attentes face au respect des règles doit être réalistes. On peut parfaitement expliquer à un bébé de 18 mois qu’il ne doit pas taper son copain ; mais on ne peut pas s’attendre à ce qu’il intègre la règle. De même, vers 3-4 ans par exemple, quand l’enfant connait la règle, on ne peut pas non plus s’attendre à ce qu’elle soit respectée en toutes circonstances puisque la pulsion prend encore largement le pas sur la raison. Seule la patience et l’exemple permette à l’enfant de comprendre et respecter une règle. On ne peut pas aller plus vite que son développement.
  • Doivent être personnalisées : propres à chacun et à chaque sensibilité. Tout le monde n’a pas les mêmes capacités de lâcher prise. Gardez toutefois en tête que plus il y a de règles/consignes, moins elles sont respectées.
  • Doivent conduire à des échanges réguliers avec les enfants, dès que cela est possible, afin d’avoir leur ressenti sur ladite règle, et de moduler si besoin. Une consigne choisie ensemble, en prenant en considération les besoins de chacun, sera plus facilement investie.

 

Pour continuer sur la même idée, et toujours pour faciliter la compréhension de l’enfant, nous vous proposons également de différencier les interdits « consignes » des interdits « règles ».

Pour ma part, j’ai mis en place une différence de vocabulaire qui permet à l’enfant d’être au clair avec la vigilance que je lui demande (toujours en respectant ses capacités réelles de compréhension). Ici, les interdictions concernent donc les consignes, qui peuvent être transgressées sans risque « c’est interdit » (bien que j’utilise très très peu cette phrase). Et pour un fait qui tient de la règle, non-négociable, j’utilise le terme dangereux.

Par exemple :

  • Monter sur les tables au restaurant est interdit (mais si l’enfant le fait il n’y a pas de risque majeur).
  • Toucher l’insert quand il y a du feu n’est pas interdit, c’est dangereux (l’enfant peut saisir la différence).

 

Dans la même veine, concernant l’astuce qui consiste à utiliser « stop » plutôt que « non », nous vous rappelons que, utilisé en permanence, le « stop » finira par perdre sa valeur et ne sera donc pas plus écouté qu’un « non ». Nous vous conseillons donc de garder le « stop » pour les situations d’urgence, afin que l’enfant mesure le sérieux de la demande.

Enfin, il faut garder à l’esprit qu’une règle/consigne formulée de façon positive (« On marche dans la maison ») a toujours plus d’impact qu’un interdit (« On ne court pas dans la maison »), essayez donc de privilégier cette forme. (cf. article « compréhension de la négation chez l’enfant »)

Pour conclure, les règles et consignes, si elles sont indispensables, doivent rester réfléchies et investies. La transgression fait partie du jeu, et c’est même sain ; mais le fait de bien différencier ce qui est indispensable de ce qui ne l’est pas permet une meilleure compréhension pour l’enfant. Et n’oubliez pas que ce qui fonctionne encore le mieux c’est le lâcher-prise, la patience et la répétition.

Merci

 

Isabelle

panneau-5

 

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4 réflexions sur “Règles, consignes et interdits.

  1. antoninehubert dit :

    Bonjour,
    Ma fille a 1 an et je me pose la question : à partir de quel âge (ou à partir de quel constat, car tous les enfants ne développent pas les mêmes capacités aux mêmes âges ) je peux en attendre quoi?
    Ayant (peut-être trop?) tendance à faire passer ses besoins avant les miens, j’aimerais au moins savoir à peu près à partir de quand elle pourra mieux le vivre et le comprendre 🙂
    Pour l’instant je le fais au feeling, mais je ne sais pas où trouver des réponses là dessus.
    Merci d’avance pour votre réponse !

    J'aime

    • enfanceepanouie dit :

      Bonjour,

      Il est d’ores et déjà important de verbaliser auprès de votre fille ce que vous ressentez. « Ma chérie, là j’ai vraiment besoin de manger/prendre un douche/m’asseoir un peu, je sais que toi tu as besoin de calin/jouer… donc on va essayer de trouver une solution pour que nous soyons toutes les deux en forme »
      En revanche il est vrai qu’elle ne sera pas en mesure d’imaginer que vous avez des besoins. Pour le moment donc, essayez de trouver des astuces pour que chacun soit au mieux. Si elle est gardée, pourquoi pas rajouter 1h ou 2 de garde libres pour vous. Si ce n’est pas le cas, passer le relais si possible, sinon trouver des alternatives : par exemple pour prendre une douche je prenais soit mes bébés avec moi, soit dans la salle de bain à jouer. Pour manger j’ai adapté mes repas en fonction des leurs…
      Vers 3 ans environ, votre fille sera en mesure de comprendre que vous pouvez être malade ou fatiguée mais ne pourra pas encore taire ses propres besoins en fonction de votre état.
      Enfin, vers 6 ans, votre fille pourra se « mettre a votre place » et imaginer votre ressenti. À ce moment là elle sera en mesure de hierarchiser un peu ses besoins en fonction des votres.
      Evidemment ces « paliers » sont progressifs. L’important reste le dialogue. À savoir aussi que plus vous verbaliserez et accueillerez ses émotions, plus elle comprendra les votres.
      Bon courage.

      Aimé par 1 personne

      • antoninehubert dit :

        Merci beaucoup pour votre réponse rapide! 🙂
        Ça fait tellement de bien d’entendre des conseils « adaptés »! J’en profite pour vous demander autre chose : à votre avis, comment réagir si elle me mord ou me fait mal?…

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      • enfanceepanouie dit :

        À 1 an, le cerveau de votre fille fonctionne par expérimentation répétitive. Elle va donc tester un phénomène encore et encore jusqu’a pouvoir faire des déductions. Par exemple ouvrir et fermer un placard, jeter un objet par terre, pousser une porte… Tout son corps fonctionne ainsi. Celui lui permet d’appréhender son monde et comprendre le fonctionnement « physique » des choses -et par là se joue des choses propres à l’enfant. On appelle ça un esprit bayesien.
        De fait, quand elle mord, il faut d’abord se demander pourquoi. Essaie t elle de faire un bisou ? De devorer d’amour ? Ou est elle au contraire en colère ? Expérimente- t-elle juste une nouvelle possibilité avec sa bouche ? Une nouvelle interaction avec maman ? Trop d’excitation ?
        Si elle veut faire des bisous ou expérimenter vous pouvez lui montrer comment faire un bisou (bouche fermée).
        Si elle souhaite exprimer sa colère proposez lui de mordre ou taper ailleurs : Un coussin, taper dans les mains, sur un tambour… Cette colère doit sortir et vous devez lui montrer comment la faire sortir de façon acceptable.
        Enfin la clé est d’avoir une attitude la plus constante possible afin que son esprit bayesien puisse conclure rapidement.
        Donc il faut répéter calmement a chaque fois « je vois que tu veux me mordre, mais je t’ai déjà dit que les dents me font mal, a la place tu peux faire… ».
        Plus votre réaction changera (je dis calmement/je gronde/je crie…) moins elle comprendra et plus elle réessaiera pour essayer de comprendre.

        Aimé par 1 personne

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