Acquisition de la continence / « Apprentissage de la propreté »

On se demande souvent comment appréhender « l’apprentissage de la propreté ». En effet, cette étape peut sembler compliquée. Mais étonnamment, lorsqu’on se place dans une optique d’accompagnement sans VEO, les choses paraissent plus simples.

Dans notre démarche globale, nous sommes attentifs aux termes choisis (surtout quand on parle de l’enfant). C’est pourquoi nous allons remplacer le terme « propreté » par « continence ». Être un enfant et entendre dire de soi « Il n’est pas encore propre ! » revient à entendre « Il est sale »… Alors que c’est faux.

De même, nous utiliserons plutôt le terme d’acquisition. En effet, le fait de devenir continent est inscrit dans notre programme de développement et ne nécessite pas d’intervention de l’adulte dans l’absolu. Tous les enfants (hors pathologie) seront continent un jour.

Que faut il pour être continent ?

Cela nécessite pour l’enfant trois axes de maturation :

  • Physique : maîtrise des sphincters, capacité à baisser et remonter son pantalon…
  • Intellectuel : avoir envie de devenir grand, faire le deuil du moment privilégié du change avec l’adulte, savoir ce que sont l’urine et les selles…
  • Psychique : être prêt à se séparer d’une partie de soi (urines/selles), sortir de l’angoisse de morcellement…

Une fois cette maturité atteinte, l’enfant est prêt pour être continent. Globalement, la fourchette s’étend de 2 à 4 ans –plus ou moins-.

Que faire pour aider l’enfant ?

Dans l’absolu, il n’y a rien à faire… En s’inscrivant dans un principe de motricité libre, l’enfant sera continent quand il sera prêt. Il souhaitera de lui-même quitter les couches et sera autonome dans son acquisition.

En pratique, on peut mettre en place quelques outils :

  • Mettre à disposition un pot/réducteur afin que l’enfant joue avec et se l’approprie.
  • Lui expliquer ce qu’on fait aux toilettes quand on y va. L’enfant tend toujours à imiter.
  • Lire des livres (« Caillou, le pot », « De l’histoire de la taupe… », « Qu’y a t il dans ta couche ? », « Sur le pot »…).
  • Lui expliquer où va le pipi/caca quand on tire la chasse d’eau.
  • Ne pas freiner ses besoins de manipuler, ouvrir/fermer, vider/remplir… quand il traverse ces périodes. Elles sont fondamentales pour une acquisition sereine de la continence.
  • Lui ôter la couche s’il le demande.
  • Il semblerait que l’usage de couches lavables favorise la continence car l’enfant n’a pas la sensation « au sec ».
  • Communiquer, expliquer.
  • Se laisser guider par l’enfant. Il a le droit de se tromper, de remettre des couches, d’en avoir besoin pour les selles uniquement…
  • Le laisser expérimenter : il y a une possibilité qu’il teste jusqu’où il peut se retenir par exemple.
  • Respecter son intimité (ne pas mettre le pot au milieu du salon, ne pas effectuer le change devant tout le monde…).

Au regard des VEO, on évitera de récompenser, gronder, punir, conditionner (mettre à heures fixes…), mettre « fesses nues » sans accord de l’enfant…

La problématique de l’école.

Nombreux sont les enfants qui ne sont pas continents à l’approche de leur première rentrée, ce qui est assez angoissant pour les parents.

Vous êtes le mieux placé pour savoir ce qui sera bon pour votre enfant. Votre attitude dépendra du degré de maturité de l’enfant vis à vis de la continence. Si votre enfant a simplement besoin de vouloir grandir un peu, l’entrée à l’école peut suffire pour lui donner le coup de pouce nécessaire. De ce que j’ai pu observer, c’est très souvent le cas. En revanche s’il ne maîtrise pas ses sphincters, ou n’est pas prêt psychiquement, vous ne pourrez pas aller plus vite que la musique.

Sur le point de l’école, personnellement, je déplore l’attitude générale des établissements qui refusent les enfants en couches. D’une part car aucune loi ou circulaire de l’EN n’interdit la scolarisation d’un enfant en couche. D’autre part car l’acquisition libre et respectée de la continence me semble plus importante, à long terme, qu’une entrée précoce en maternelle ou qu’un changement d’organisation de la part des enseignants.

Si aucun dialogue n’est possible et que vous avez la possibilité de (faire) garder votre enfant jusqu’à sa continence naturelle, je vous invite à le faire (mais c’est un avis très personnel).

Je pense aussi que c’est à l’école de s’adapter à l’âge des enfants qu’elle accueille (parfois à peine plus de 2 ans), et pas l’inverse. Et pour moi, cela passera par une demande massive des parents et un vrai dialogue parents/enseignants.

Le cas de l’HNI (Hygiène Naturelle Infantile).

L’HNI consiste à ne jamais mettre de couches à l’enfant. En effet, à la naissance, le bébé émet naturellement des signaux de besoins d’élimination. Certains parents apprennent donc à reconnaître ces signaux et à y répondre.

Mais ces signaux se perdent rapidement si le parent n’y répond pas (notamment quand il y a une couche).

L’HNI n’est pas un « apprentissage précoce » de la continence. Ce n’est pas non plus un conditionnement. On ne devance pas le besoin de l’enfant, on ne propose pas non plus en amont, on n’impose pas de rythme. On répond à un signal de besoin réel.

Les enfants en HNI sont souvent continents avant les autres car ils ont un autre rapport global à l’urine et aux selles. La maturité psychique nécessaire est axée différemment car ils n’ont pas pris pour habitude de garder ce qu’ils éliminent. En revanche, les parents ne sont pas à l’abri d’une « régression » autour de l’âge de maturation psychique.

Un point sur la continence selon Maria Montessori

On lit beaucoup que selon la pédagogie Montessori, la « période sensible » d’acquisition de la continence serait entre 12 et 18 mois. Si, effectivement, cet âge correspond à celui où l’enfant entre dans une démarche de « propreté » globale et affine les connaissances sur son corps ; il serait dommage de rester fixer sur ces âges, très précoce en terme de continence.

Je pense qu’il faut avant tout remettre les propos de Maria Montessori dans le contexte de son époque. Elle travaille pour des collectivités, à l’époque des couches lavables. La continence revêtait un caractère plus « urgent » qu’actuellement pour des raisons de logistique.

De plus, selon elle, la période sensible de la propreté s’étend de 18 mois à 3 ans. Il serait donc dommage de résumer ses propos à 12-18 mois en ce qui concerne la continence seule.

Pour finir

Chaque parent fait avec les outils dont il dispose. L’observation est un merveilleux outil et vous pouvez en (ab)user en ce qui concerne les acquisitions de l’enfant. Mais le plus important reste la communication et l’écoute. Tous les enfants sont différents et chacun avancera à son rythme, en fonction de ses techniques et ses capacités. Ils finiront tous par être continents un jour… Et à l’âge adulte, personne ne se souviendra jusqu’à quel âge ils ont porté des couches (à part peut être vous 😉 ).

Isabelle

Pour aller plus loin :

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4 réflexions sur “Acquisition de la continence / « Apprentissage de la propreté »

  1. Anne Poirier Fournier dit :

    Cet article tombe à pic pour moi, car mon fils de 12 mois nous réclame le pot depuis plusieurs jours. Je l’avais mis dans les toilettes pour le familiariser avec. Nous lui avons expliqué son fonctionnement, montré comment nous faisions et la semaine dernière, il nous l’a demandé et a fait dedans à plusieurs reprises! Quelle surprise pour nous! Mais aussi quels questionnements! N’est-ce pas trop tôt? Nous suivons la pédagogie Montessori à la maison, et je me dis qu’il est peut-être dans la période sensible liée à la continence, mais cela m’interroge quand même. Y a-t-il des retours d’expérience???

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  2. Tira Taghuri dit :

    Merci pour cet article. Mon fils va avoir 3 ans cette semaine et il ne veut pas quitter les couches. On a essayé à plusieurs reprises de les lui enlever et il a fait à chaque fois dans son pantalon, ce qui est normal et ne m’alerte pas. Mais le fait qu’il ne veuille pas enlever la couche m’inquiète un peu… et on commence à ressentir aussi une certaine pression de l’entourage sur ce qui est « normal » pour un enfant de son âge. Pourtant je ne veux pas le brusquer, ça ne sert à rien et je veux respecter son rythme. Votre article va me permettre d’avoir des arguments supplémentaires. Merci.

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    • Rocka Wooly dit :

      Si ça peut vous rassurer, mon fils va également avoir 3ans fin août et ne veut toujours pas quitter ses couches 🙂
      Fort heureusement, nous habitons à Montréal et n’avons donc pas la pression de la rentrée scolaire en Septembre (il n’ira sûrement pas à l’école avant ses 4ans).
      Il sait se retenir : il ne fait jamais la grosse comission chez sa nounou. Lorsqu’on sort il ne fait jamais dehors. Et il m’a confirmé qu’il savait très bien maîtriser ses sphyncters un matin, lorsque nous devions sortir pour la journée et que je lui ai dis que ça serait plus confortable pour lui qu’il fasse avant qu’on parte : résultat, 5min après « maman za fait caca » 😀
      Il nous avait dit qu’il ne voulait plus de couches vers ses deux ans, ça n’a pas fonctionné, on lui a remis des couches sans sourcillés.
      Depuis un mois il demande à vider sa couche aux toilettes et va même s’isoler là-bas pour remplir sa couche!
      Je pense qu’il n’attend juste qu’un déclic.
      Si on a la possibilité, il faut vraiment les laisser aller à leur rythme!
      Je suis persuadée qu’il s’agit là d’une acquisition et non d’un apprentissage…

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