La politesse

S’il y a bien une chose qui semble importante aux yeux des parents et de la société, c’est la politesse. Perçue comme le gage d’un enfant « bien élevé », « sage » voire « obéissant », la politesse peut vite se transformer en une pression immense sur les épaules du parent… Pourquoi ? Que faire pour que l’enfant soit « poli », et que faire s’il ne l’est pas ?… J’ai creusé un peu pour vous donner mon avis.

Revenons donc à la base : La politesse est, par définition, l’ensemble des usages sociaux régissant les comportements des gens les uns envers les autres ; l’observation de ces règles ; l’action et les propos dictés par les bons usages. (Larousse).

En d’autres termes, être poli, c’est maîtriser des codes.

Pour aller plus loin il faut se demander à quoi renvoient ces codes (je vais me limiter aux formules de base) :

  • Les excuses renvoient à la notion de pardon et d’absence de rancune.

  • Les remerciements renvoient à la notion de plaisir partagé et de reconnaissance.

  • Le bonjour est l’expression du souhait que la personne passe une bonne journée.

  • L’au revoir mélange les notions de séparation et de projection dans le futur.

La problématique qui se pose concernant la politesse, c’est que le jeune enfant ne saisi ni l’importance des codes sociaux, ni les notions détaillées ci-dessus. En d’autre terme : cela n’a aucun sens.

De plus, l’enfant vit dans l’instant présent et dans les sentiments immédiats : la raison ne prend pas encore le dessus sur le ressenti. Par exemple, si l’enfant est dans un état émotionnel de timidité ou de méfiance, il ne pourra pas passer au delà pour dire bonjour. S’il est dans un moment de transition type « parent-crèche » ou « école-parent », il est possible qu’il ait déjà trop de chose à gérer émotionnellement pour se plier à ces codes qu’il ne comprend pas.

Le jeune enfant est également limité dans cette compréhension par son immaturité cérébrale.  Avant 5-6 ans, il n’est pas vraiment capable de se projeter dans le ressenti de l’autre, de se mettre « à la place de ». On peut même observer des enfants qui mordent être surpris/tristes car l’enfant mordu a mal. De fait, les excuses, la reconnaissance, le pardon… sont des notions particulièrement compliquées à saisir. Elles demandent une maturité cérébrale et une expérience de la vie que les jeunes enfants n’ont pas.

La politesse ne revêt aucune notion de gentillesse ou de méchanceté. Ce sont des codes. Pour preuve, un adulte peut être très poli tout en étant intolérant ou égoïste ; et vice versa.

Il est important de garder à l’esprit que les enfants n’ont pas besoin d’être polis pour être de bonne volonté. Un enfant qui ne dit pas « bonjour », « merci » ou « pardon » n’est pas « ingrat » ou « malpoli ». En revanche il ne fait pas encore le lien entre ce qu’il ressent, ce qu’il fait, et le code approprié – et surtout il n’y pense pas forcément -.

Comment transmettre la politesse ?

Par la seule façon de transmettre : l’exemple. Et l’exemple ne signifie pas « réclamer le merci » mais « dire soi-même merci ». En étant poli et courtois avec l’enfant et notre entourage, on sollicite les neurones miroir et le besoin d’imitation du jeune enfant. On met en action son esprit d’expérimentation et de compréhension. Il va, au fil du temps, analyser les situations où l’on dit « merci » ou « bonjour ». A mesure qu’il grandit, il va se retrouver dans des situations où il peut expérimenter les mots qu’il a entendu et apprit (selon son émotion du moment). Il va intégrer les réactions de l’autre, ce qui se passe quand il s’excuse, et quand il ne s’excuse pas… Plus grand, il va même être « malpoli » ou « poli » selon l’effet qu’il souhaite obtenir chez l’autre. Mais il n’y a absolument aucun besoin de forcer ou de réclamer, il faut surtout de la patience et de la compréhension.

Que faire si mon enfant n’est pas (encore) poli ?

Demandez vous pourquoi ? Est il trop petit pour que ça ait du sens (avant 5 ou 6 ans, sûrement). Dans ces cas là ne forcez pas, laissez lui du temps. Si cela vous tient vraiment à cœur vous pouvez l’aider à porter son attention là-dessus « Je vais dire merci à Mamie car elle m’a aidé à faire ça »/« J’aime bien dire bonjour à la boulangère car ça lui donne le sourire ». Donnez envie à votre enfant de vous imiter. Aidez-le à comprendre le ressenti des autres.

Si vous avez du mal à assumer en société, je vous conseille d’utiliser la technique du « dire à la place de » :

  • Mamie a offert un cadeau, plutôt que « Dis merci à Mamie », vous pouvez dire en vous mettant à coté de l’enfant, tels deux voix à l’unisson, « Oh, merci mamie !! Tu as tapé dans le mille avec ton cadeau ! »

  • Vous êtes chez les voisins Bidochon à prendre l’apéro et la voisine propose un gâteau qu’elle ne lâche pas tant qu’elle n’a pas entendu « le mot magique », dites lui « t’avais qu’à pas proposer vieille sorcière s’il y a des conditions derrière ». Ah, non, non, ne dites pas ça, mais plutôt « Je crois que Josette attend que tu lui dise s’il te plaît, mais si tu es intimidé je peux le dire à ta place, je comprends que Josette t’intimide… s’il te plaît Josette ! ».

  • Votre fille ne veut pas dire « Au revoir » à la nounou qui semble vexée : « Allez ensemble : Au revoir Nounou » ou « Je crois que tu ne veux pas dire au revoir car tu voudrais rester / tu es trop contente de me retrouver / tu as trop hâte de rentrer/… ».

N’oubliez pas que quand il y a un conflit autour de la politesse, il y a 3 entités en jeu :

  • L’enfant qui ne comprend pas, qui est mal à l’aise.
  • Le parent qui a peur du regard des autres.
  • Le tiers qui peut être violemment touché par une absence de politesse et le prendre contre lui. (Le tiers peut être un enfant qu’on force habituellement à dire pardon et qui ne comprends pas qu’il n’en soit pas de même en face quand c’est lui qui est tapé). Le tiers qui peut aussi être « effrayé » par l’absence de politesse tant celle ci est importante pour lui.

Il est important de rassurer tout le monde et de prendre en compte le ressenti de chacun.

Votre enfant plus grand (7-8 ans), refuse d’être poli ? Cherchez à savoir pourquoi ? Quel message cherche-t-il à transmettre ? Observez avec qui cela se produit, parlez en avec lui, exprimez lui votre ressenti, communiquez… Peut être a-t-il du mal à saisir tous ces codes (ce qui est personnellement mon cas) et a-t-il besoin d’astuces pour les maîtriser. En tous cas il y a une raison.

Le cas de bisou :

Je serai plus catégorique là dessus : on ne force pas un enfant (ou un adulte d’ailleurs) à faire ou recevoir un bisou. Que ce soit dans le cadre de salutations, d’excuses, ou pour toute autre raison. Le baiser forcé est une agression physique. Cela renvoit à l’enfant le message qu’il n’est pas maître de son corps et qu’il doit se soumettre à la volonté des adultes. Même avec la famille ou les proches, on ne le force pas et on respecte son intégrité et son choix de ne pas avoir de contact physique. On peut à la place proposez un bisou qui vole, un coucou de la main, ou simplement accepter son refus de saluer.

Pour résumer :

Surtout, évitez de forcer l’enfant ou d’être insistant, cela pourrait complètement le bloquer.

Ayant confiance en lui et en son envie de comprendre le monde et de s’intégrer à la société : il n’y a pas de meilleur moteur. Donnez l’exemple, soyez compréhensif.

Soyez là pour l’aider. Oui le regard des autres est souvent difficile à vivre pour vous comme pour lui. Mais votre enfant a besoin de votre soutien quand il n’ose pas à dire bonjour ou ne souhaite pas embrasser. Rassurez-vous sur le fait que la politesse n’est pas gage d’éducation -et encore moins d’amour- et essayer de passer par dessus le regard des autres.

Et surtout, gardez à l’esprit que la vraie politesse, celle qui est sincère, prend du temps à se mettre en place. Mais, humainement, elle vaut bien plus que la politesse par conditionnement ou intérêt.

Merci

Isabelle

Panneau en partenariat avec la page Facebook « Education Constructive« 

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5 réflexions sur “La politesse

  1. Claire dit :

    Je partage tout à fait votre point de vue. L’enfant apprend par l’exemple. Mais il est vrai que l’entourage se montre parfois insistant avec les bonjour – au revoir. Mais c’est à nous parents de prendre cela avec légèreté et d’une manière générale, pour ma part, c’est toujours bien passé.

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  2. Floriane dit :

    Merci pour ce bel article qui résume parfaitement mon point de vue ! D’ailleurs, je n’ai jamais demandé à mon fils de dire au revoir, mais vers ses 1 an il s’est mis à faire coucou de la main pour dire au revoir à chaque fois qu’on quittait la boulangerie ou autre ! J’ai l’impression que pour le « merci » la pression sociale est plus grande par contre…
    Effectivement ce n’est pas toujours facile de savoir comment réagir et de ne pas se sentir jugé(e) face à une personne insistante. Vos exemples m’ont fait sourire car finalement je les utilise déjà 🙂 .

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  3. Nitt dit :

    Merci pour cet article ! Je le trouve pertinent, clair, et appréciable pour la jeune maman qui a vécu il y a peu un cas de « dis-donc bonhomme, je t’ai dit bonjour » de la part d’une parfaite inconnue qui a attrapé mon fils de 22 mois par le menton pour qu’il la regarde alors qu’il était en train de manger, assis tranquillement à table… (Oui, je l’ai encore un peu en travers de la gorge.)
    J’ajouterai que j’ai découvert un autre moyen d’aider les enfants à entrer dans ces codes de la politesse : c’est le jeu. Hors contexte, quand on a un moment de calme et de détente avec l’enfant qui a du mal à prononcer un ou plusieurs mots magiques, proposer de faire un jeu, et expliquer les règles très simplement : « je vais te dire bonjour, et tu devras me répondre. Alors je te répondrai aussi. » Et c’est parti, que ce soit avec « bonjour » « s’il te plaît / merci » et un objet qu’on joue à se donner, etc. tant qu’on s’amuse. Cela permet à l’enfant d’associer ces mots avec des émotions agréables, avec du plaisir donc, et les aide à créer les autoroutes neuronales pour y penser en contexte. Je n’ai pas pu tester avec mon fils, il ne parle pas encore. Mais j’ai hâte d’essayer !

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  4. Céline dit :

    L’article est intéressant mais à mon sens, il est important de différencier le merci/s’il vous plait et le reste. Je suis d’accord que l’enfant apprend beaucoup par imitation mais lorsqu’il veut quelque chose, c’est souvent de manière immédiate et impérieuse (mon fils à 22 mois). Apprendre à l’enfant à dire s’il vous plait et merci peut lui apprendre à demander posément les choses qu’il souhaite avoir avant même d’être en capacité de faire une phrase entière. C’est un moyen simple de comprendre que la communication est plus agréable si elle est douce et respectueuse.
    Après ça reste dans le cercle familial, je suis consciente qu’en dehors de ce cercle, l’enfant ne se sent pas forcement à l’aise pour avoir les mêmes gestes de politesse.
    Je suis entièrement d’accord avec l’article pour les baisers, l’enfant donne ou reçoit un baiser lorsqu’il le demande et non sur commande.

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