Accueillir les émotions

Quand on souhaite changer d’approche dans la gestion des conflits avec les enfants, il est souvent conseillé d’ « accueillir les émotions ». Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. En effet, habitués à faire taire l’émotion (« Allez c’est pas grave, ne pleure pas »), nous perdons parfois la capacité à nous ouvrir à ce que l’autre peut ressentir. C’est pourtant primordial autant pour l’enfant que pour l’adulte.

Qu’entend-on par « accueillir les émotions » ?

Si cette question a autant de réponses qu’il existe de sensibilités (une infinité donc), on peut généraliser en disant que, accueillir une émotion, c’est l’accepter telle qu’elle est, sans y mettre d’étiquette (négative ou positive) et sans chercher à la minimiser ou la modifier. Dans les émotions on retrouve entre autre : la colère, la tristesse, la joie, l’excitation, l’indifférence, la peur, la jalousie… Mais il est également possible d’accueillir un ressenti : douleur, ennui…

Une émotion ne se contrôle pas : c’est un sentiment présent et involontaire qui dépend de nombreux facteurs (fatigue, maturité, état d’esprit, sensibilité, événements…).

La façon d’exprimer une émotion ne se contrôle pas chez un jeune enfant. C’est avec la maturation cérébrale, l’accompagnement, l’expérience et l’exemple, que l’enfant -puis l’adulte- apprend à exprimer ses émotions de façon acceptable et non-dangereuse. Ceci dit il n’est jamais possible de contrôler totalement l’expression de ses émotions ; il n’y a d’ailleurs aucune recette magique à cela (pour certains il faut crier, rire, pleurer, se défouler, courir, faire du ménage, voir des amis, pour d’autres se détendre, rester seul… bref c’est à chacun de chercher en lui ce qui lui correspond), de nombreux adultes expriment encore leurs émotions en étant violent avec les autres.

Accueillir les émotions de l’enfant :

D’un point de vue sociétal, il est encore assez mal vu de laisser un enfant exprimer ses émotions. La peur doit être camouflée (quand elle n’est pas ridiculisée), la colère doit être tue, les pleurs retenus, la douleur minimisée… Combien d’adultes ont d’ailleurs du mal à exprimer leurs émotions tant on les a minimisées durant l’enfance. Or s’il y a bien une chose que l’enfant ne maîtrise pas, c’est l’expression de ses émotions.

Et pour exprimer ses émotions, certains enfants tapent, mordent, crient, jettent, pleurent, se roulent par terre, rient… Dans toutes ces manifestations, certaines sont acceptables et d’autres non. Là-dessus, chacun a sa propre sensibilité. Dans tous les cas, l’émotion est réelle et légitime. Le rôle de l’accompagnant est donc de laisser l’enfant exprimer son émotion tout en lui présentant une façon acceptable de le faire.

Par exemple, Louis, 20 mois, voudrait le couteau sur la table mais son papa ne veut pas lui donner. Louis frappe donc son papa. L’idée ici est d’accepter l’émotion de Louis tout en lui proposant des alternatives et en posant une limite sur ce qui est acceptable ou non.

« Louis, je vois que tu voudrais vraiment ce couteau mais je ne peux pas te le donner car c’est dangereux. Je comprends que tu sois triste ou en colère mais si tu veux taper tu peux taper par terre/dans les mains/un coussin/un tambour… Peut être veux tu un câlin ? »…

Les alternatives sont à chercher avec l’enfant et dépendent de chacun. On peut aussi chercher une alternative pour combler le besoin sous-jacent de l’enfant. Souhaite-t-il imiter son papa en utilisant un couteau ? Dans ce cas on peut peut-être lui acheter un couteau à lui, un jeu « d’aliments à couper » , ou encore le laisser utiliser un couteau (peu coupant) sous la surveillance de l’adulte… Encore une fois, chacun fera en fonction de sa sensibilité et de l’enfant.

Une fois que l’enfant s’est calmé, on peut poser un mot sur ce qui a posé problème, sans culpabiliser l’enfant « Tu sais Louis, taper c’est interdit et cela fait mal ». Pendant la crise, l’enfant ne sera pas en mesure de l’écouter et de l’entendre.

A partir de là, beaucoup de patience et de répétitions seront nécessaires. Exprimer ses émotions est quelque chose de très complexe à contrôler. Il faut s’attendre à ce que les règles et interdits posés ne soient pas respectés. S’il est question de sécurité, c’est à l’accompagnant de prendre la responsabilité d’un environnement sécurisé.

Il en sera de même pour chaque émotion. Il n’y a pas d’émotion positive ou négative, chaque émotion est légitime, la jalousie autant que la joie. L’accompagnant doit seulement proposer des alternatives à l’enfant si l’émotion est exprimée de façon non acceptable. À noter que les émotions s’exprimeront plus facilement et plus intensément avec la ou les figures d’attachement de l’enfant.

Souvent, aucune émotion précise ne peut être mise en avant. Il suffit d’un mélange de fatigue, de joie, de nouvelles acquisitions… et un enfant qui semble tout a fait heureux explose pour un biscuit cassé ou un manteau mal mis. C’est la décharge emotionnelle. Dans ces cas là, l’enfant aura juste besoin de soutien, il n’entendra aucune alternative. L’accompagnant doit être prêt à ce genre de cas ou il est impuissant.

On pourrait penser qu’une émotion désagréable doit être détournée, cependant il est important que l’enfant aille au bout de son émotion et qu’elle soit entendue en totalité. Sinon, elle ressortira probablement ailleurs.

Parfois nous ne pouvons qu’être là pour accueillir les pleurs de l’enfant sans pouvoir faire autrement qu’être présent et disponible. Certains enfants ont même besoin de s’isoler de leur propre volonté. Dans ce cas il ne faut pas les forcer au contact. Encore une fois, chaque enfant est unique.

Accueillir ses propres émotions.

Dans la relation parent/enfant, il est important que le parent aussi exprime ses émotions. Cela permet à l’enfant de mettre un nom sur un état et développe son empathie.

Comme l’enfant, l’adulte a le droit d’être en colère ou triste et il a le droit de l’exprimer ; mais comme l’enfant il doit le faire de façon acceptable et non-dangereuse. Ainsi l’enfant n’est pas notre « punching-ball émotionnel », il n’a pas à recevoir notre colère matérialisée par des cris ou des coups ; il n’a pas non plus à recevoir nos fluctuations d’humeurs -même si nous avons l’impression que c’est l’enfant qui est la cause de notre colère-. Les émotions sont sujettes à trop de facteurs différents pour que l’enfant en soit le responsable. En revanche il peut être notre « biscuit cassé » ou notre « manteau mal mis ». Pour preuve, face à une « bêtise », nous n’aurons pas la même réaction en fonction de notre état d’esprit (joie/repos ou tristesse/fatigue par exemple).

Pour trouver des façons d’exprimer notre colère, c’est encore un travail sur soi de longue haleine : sport, musique, crier dans un oreiller, claquer une porte, dire des gros mots… Chacun trouvera sont exutoire. Soyons cependant cohérents, si une méthode est acceptable pour vous, elle doit l’être aussi pour votre enfant.

Comme pour un enfant, il n’est pas souhaitable, à long terme, de détourner ou enfouir une émotion. Cela ressortira et peut être d’une façon absolument pas contrôlable. C’est souvent à ce moment que l’on retombe dans la VEO.

N’hésitez donc pas à dire à votre enfant quand vous êtes triste ou en colère. Il ne sera pas tout de suite enclin à réguler ses besoins en fonction des vôtres, mais le moment venu, un équilibre se fera dans le respect de chacun.

Pour conclure

Accueillir les émotions, c’est valable pour tout le monde : les enfants, l’entourage, soi-même… et c’est important. Mais cela dépend beaucoup de notre propre état émotionnel du moment et on a parfois l’impression de complètement échouer et d’être insensible à l’émotion des autres. Heureusement cela se travaille et plus on accepte ses propres émotions, plus on comprend et accepte celles des autres. L’empathie est une des clés de l’éducation non-violente. Et même si cela prend du temps, le résultat en vaut la peine.

 

Isabelle

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