Non, l’éducation sans violence, ça ne « marche » pas.

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Quand on parle de l’éducation sans violence, beaucoup de parents sont intéressées pour essayer et découvrir en espérant que cela marche mieux que l’éducation traditionnelle.
Cependant, au risque de décevoir un certain nombre d’entre eux, non, l’éducation sans violence, ça ne marche pas. Ça ne peut pas marcher. Il faut aborder ce type d’éducation autrement qu’en terme de résultat visible et immédiat sur le comportement de l’enfant.

 

Éduquer sans violences

Éduquer vient du latin educare qui veut dire éduquer, former, produire. Sous entendu on attend une forme de résultat conforme à notre attente. C’est le sens qu’on lui donne le plus souvent. Mais c’est aussi avoir pris soin de, élever, nourrir et cette partie la, on l’oublie souvent et c’est bien dommage…

« C’est comme si, vous demandiez à
votre voisin(e) si le fait d’être gentil et
respectueux envers sa compagne ou
son compagnon, ça marche. »

Donc quand on suppose que l’éducation sans violence marche ou ne marche pas, on ne se réfère qu’à la première signification, et donc, non, ça ne marche pas, on ne peut obtenir quelque chose que l’on souhaite avec l’éducation sans violence. Ce serait contre le respect même de la personne de l’enfant. Et si c’est contre le respect, ce n’est pas sans violence.
Demander si l’éducation sans violence ça marche, c’est comme si vous demandiez à votre voisin(e) si, le fait d’être gentil et respectueux envers sa compagne ou son compagnon, ça marche. Cette question vous paraît improbable ? Et bien moi, j’ai la même réaction
quand on me demande si l’éducation sans violences ça marche.

« Mais il faut bien
form(at)er les enfants aux règles
de la vie en société !? »

Je préfère donc parler d’élever mes enfants sans violence, il y a moins cette notion de « formatage » de l’enfant. Je suis plus partisane de guider mes enfants vers les bonnes bases de relations sociales. Je vois donc arriver, avec leurs gros sabots, les partisans du « mais il faut bien form(at)er les enfants aux règles de la vie en société !? ». Donc si je ne formate pas mes enfants, ils ne seront pas capables de vivre en société? Un peu comme des enfants sauvages et sanguinaires?
C’est bizarre mais je n’ai pas encore du mettre une muselière à mes loupiots… dois-je m’y préparer ? Je ne crois pas.

 

La nature de l’enfant

Si l’on ne formate pas l’enfant dès le plus jeune âge, on peut observer sa nature première. Et on peut la guider pour qu’elle trouve rapidement les clés de la communication avec les autres. Parce que oui, les enfants, de nature, ne vont pas tenter d’égorger leur prochain.

Expliquer.jpg

Dans l’éducation sans violence, il n’existe pas de notion de « bien » ou de « mal » mais plutôt de causes et de conséquences.

Ils font des découvertes, ils tentent de comprendre le monde et sont sociaux de nature. D’ailleurs beaucoup de parents l’ont compris dans l’éducation traditionnelle, pour obtenir quelque chose
de leur progéniture, ils n’hésitent pas à utiliser le chantage affectif. C’est donc que ce levier est effectif et que les bonnes relations sociales sont quelque chose d’important pour l’enfant. On peut donc aider l’enfant à comprendre la société et les bases des relations sociales pour qu’il puisse utiliser ses informations et se lier avec d’autres enfants et ainsi répondre à son besoin de vie en société. Sachant que l’enfant fonctionne énormément en observant les différentes interactions sociales pour essayer de faire de même, c’est donc à nous, parents, de montrer ce que sont de bonnes relations sociales. Que ce soit en terme d’interactions envers ses proches ou envers son enfant.
D’où l’intérêt d’élever, de communiquer et d’interagir avec les autres sans violences si l’on souhaite que notre enfant utilise cette manière d’interagir avec les autres.
Et en aucun cas je ne cherche à faire obéir mon enfant à un panel de règles, plus ou moins logiques pour lui, décidées (arbitrairement) par un adulte (ces règles pouvant changer d’un adulte à un autre, évidemment, sinon ce serait trop facile !).

« L’enfant fonctionne énormément en
observant les différentes interactions
sociales pour essayer de faire de même,
c’est donc à nous, parents, de montrer
ce que sont de bonnes relations
sociales. »

Cette approche est moins directe mais, à terme, elle me paraît plus efficace si l’on souhaite que notre enfant interagisse sans violences verbales, psychologiques et physiques envers les autres. Et cela suffit à faire en sorte qu’il respecte les autres (s’il est respecté), qu’il ne soit pas violent volontairement envers les autres, qu’il ait envie d’aider les autres, qu’il fasse attention au respect du lieu de vie et tout ce qui est nécessaire à
la vie en société.

Le besoin du parent

« Oui, mais moi j’ai besoin qu’il range sa chambre! » Cette phrase est typiquement ce qu’un parent peut objecter après avoir lu tout cela. Et tout est dans cette partie de la phrase « J’ai besoin ». Et non pas « Mon enfant a besoin ».
Si l’on regarde donc ce besoin du parent, comment pourrait-on le faire comprendre à l’enfant ? Tout comme on le ferait avec notre compagnon ou notre compagne. On s’exprime !!!! « J’ai besoin que tu ranges ta chambre puisque je vais y passer l’aspirateur cet après-midi. » Et souvent, exprimer son besoin avec une vraie raison, ça suffit ! Et sinon… c’est qu’il est encore tout petit et qu’il faut lui donner un coup de main !!!!
Un tas de jouets, ça paraît vite immense à petit bout qui ne sait plus où donner de la tête ou alors c’est que cette montagne de jouets est en fait la construction de son imagination qui a donné vie à un château fort de vêtements, une rivière de crocodiles duplos ou encore une voiture-chaise-livres!

« Oui, mais moi j’ai besoin qu’il range
sa chambre ! »

Rangement.jpeg

Souvent les conflits entre parents et enfants proviennent d’une incompréhension de l’un envers l’autre. Concernant le parent voit la fatigue supplémentaire que va occasionner le rangement s’il doit le faire. Du point de vue de l’enfant, c’est la destruction de son monde, ce monde qu’il a construit durement avec toute l’imagination qu’il a pu appeler à cette tâche.

 

Courage mes ami(e)s!

Vous avez fait le plus dur : exprimer votre besoin à
votre conjoint. Il n’y a plus qu’à refaire la même chose
avec votre progéniture!

Anne Bollinger & Marmou

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14 réflexions sur “Non, l’éducation sans violence, ça ne « marche » pas.

  1. coralie dit :

    Interessante cette analyse du vocabulaire par rapport au fait que « éduquer » sans violence « ça marche » ou pas.
    Je suis complètement en ligne avec l’expression du besoin. Ca rejoint l’analyse de Gordon : à qui appartient le problème ?
    Le rangement de la chambre, clairement, ça appartient au parent, pas à l’enfant.
    Ranger répond donc bien au besoin du parent, pas de l’enfant.

    Je crois qu’en partant de cette hypothèse, je dirais justement qu’éduquer sans violence, ça marche ! Parce qu’en donnant à l’enfant l’opportunité de voir le besoin du parent, on a de bonnes chances d’obtenir sa coopération… Bien mieux qu’en imposant le rangement !

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  2. Jennifer dit :

    J’adore 🙂 Bravo pour cette mise au point très claire et sensée. Quel dommage que nombre de parents ne comprennent toujours pas… Quand je vois la quantité de réflexions sur ma fille comme quoi son éducation est à côté de la plaque, laxiste, qu’elle est capricieuse ou encore que c’est une enfant roi, je me dis que vraiment, ils ont du mal à comprendre. Quand je leur répond que le but n’est pas de se faire obéir ou de rendre ma puce « sage », mais de l’accompagner simplement à devenir qui elle est, ils comprennent encore moins. Aujourd’hui ça me semble bizarre comme réaction bien que je sois passée par là.
    Alors oui, je suis d’accord, l’éducation non violente ne marche pas au regard des autres.
    Mais en tant que maman qui ne jure que par ça et quand j’observe ma fille, et bien si, ça marche 🙂
    Merci 🙂

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  3. Christel dit :

    Merci pour votre article. Moi aussi j’ai déjà eu des réflexions du style « l’éducation non violente, ça ne marche pas ! ». Et bien, si, ça marche, mais à condition de se remettre en question, de savoir observer ses enfants, de savoir répondre à leurs besoins (et aux nôtres aussi), de se renseigner sur leur développement, de prendre le temps de les accompagner au lieu de les punir pour qu’ils nous obéissent ou soient sages, bref de changer notre regard sur eux. Mais ça demande de la remise en question… et tous les adultes ne sont pas prêts à ça.

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    • enfanceepanouie dit :

      Je pense que ça va au delà de ça. Accompagner sans violence c’est abandonner l’idée même que l’enfant doit obéir ou être sage. C’est un partenariat de tous les jours. L’obéissance n’est pas une vertue en ce monde. En revanche il faut accompagner l’enfant de façon respectueuse afin qu’il intègre les règles fondamentales de vie en société et de respect de chaque individu. Et ça, ça prend du temps.

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  4. Anne Sainte dit :

    Borf, autant je suis d’accord avec la prise en charge des enfants dans violences autant le discours « absence de règles » et « nature véritable de l’enfant » m’interpelle: Pas de règles et laisser l’enfant interagir seul est un bon moyen pour créer psychotique et psychopathe. L’absence de règles de vie et de société parce qu’il ne peut les comprendre? Je suis heureuse de voir que vous avez intégrés celles de notre société et que toutes lois vous sont parfaitement comprises.
    Ranger ses affaires sont une nécessité ( et non un besoin, terme abusif du langage) pour l’enfant et non ses parents: Il apprend à retrouver ses affaires, à organiser son espace psychique et à respecter les limites sociétales. Nous nettoyons sa chambre par mesure d’hygiène pour l’enfant et non par besoin. Cf. Toutes les familles qui vivent en insalubrité.
    Quant à l’exemple dans les commentaires de cette enfant qualifiée de « capricieuse » de Jennifer, c’est soit une argumentation de la maman maladroite soit un aveuglement de sa part: Absence de violence ne veut pas dire absence de parents. Devant tant de critiques, une remise en question est nécessaire voire une remise à plat de sa prise en charge sans violence. L’objectif est d’avoir un enfant le mieux intégré dans notre société et non un individu qualifié par ses parents d’excentrique ou d’original et nommé par la société comme malade psy.

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    • enfanceepanouie dit :

      Bonjour Madame.
      J’aimerais savoir à quel moment vous avez lu que nous prenions « l’absence de règles ». N’avez vous pas lu l’article avec déjà des préjugés qui auraient conduit à une mauvaise interprétation ?
      Il y a d’ailleurs sur ce même blog un article sur les règles et les interdits.
      Quant au discours psychanalytique qui verrait l’enfant comme un pervers en puissance, je vous invite à vous informer sur les dernières recherches en neurosciences ou à lire « Oui la nature humaine est bonne ».

      Tant que nous attendons de nos enfants l’obéissance et que nous leur imposons nos propres limites, nous pouvons pas être dans un accompagnement respectueux et non violent.
      Et si toutefois vous confondez éducation non violente et laxisme, je vous rappelle que le laxisme est une violence par abandon. Et nous avons d’ailleurs un article « non je ne suis pas laxiste ».
      L’homme est un être social, une éducation respectueuse et non violente n’en fera pas n « psychopathe égoïste », c’est tout le contraire.
      Bonne journée.

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      • Anne Sainte dit :

        Merci de donner vos sources exactes pour étudier cela de plus près, le sujet étant passionnant.
        Je n’ai à aucun moment parler de psychanalyse ni d’égoïsme mais vous semblez ne pas prendre en compte les modalités de la règle dans l’évolution de l’enfant, cela aurait été intéressé de le signaler comme de faire des liens à vos autres articles. D’autre part un psychopathe ou un psychotique résulte donc d’une éducation irrespectueuse et violente?

        En ce qui concerne la capacité de Jennifer, je reposte la fin de mon message:
        « Quant à l’exemple dans les commentaires de cette enfant qualifiée de « capricieuse » de Jennifer, c’est soit une argumentation de la maman maladroite soit un aveuglement de sa part: Absence de violence ne veut pas dire absence de parents. Devant tant de critiques, une remise en question est nécessaire voire une remise à plat de sa prise en charge sans violence. L’objectif est d’avoir un enfant le mieux intégré dans notre société et non un individu qualifié par ses parents d’excentrique ou d’original et nommé par la société comme malade psy. » Je trouve que c’est le genre d’exemple qui nuit à prendre cette prise en charge non violente de manière sérieuse.

        Quant à Marmou, si mon  » commentaire ne [vous] concerne pas vraiment. », quel intérêt à le souligner? ^^

        Merci de votre intérêt et de ces points de vue variés.

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        • Marmou dit :

          Comme ca… je pensais qu’un commentaire sur un article dont on est l’auteur nous concernait. Enfin moi, personnellement, quand je commente un article c’est pour m’adresser a l’auteur. Sinon c’est un peu tordu comme manière de faire, vous ne trouvez pas !?

          M’enfin bon, peut être que j’ai des pratiques bizarres… XD

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  5. Marmou dit :

    Merci pour votre intérêt, chère Anne… Mes enfants vont très bien (sauf celle ayant un handicap mais je doute qu’une modification génétique soit liée à l’éducation que je donne à mes enfants !) et mon mari aussi qui a eut un cadre assez proche en terme d’éducation. Il a 33 ans, je pense que le recul sur sa vie est suffisant. Il est très équilibré et a très bien réussi dans sa vie (puisque l’intégration sociale vous semble si importante !). Mais soit, j’ai sûrement eut de la « chance ». Ma fille la plus grande, scolarisée, est aussi très appréciée et très intégrée dans la société et désolée mais nous n’avons pas « aucune règle ». Du coup… votre commentaire ne me concerne pas vraiment.

    Très bonne journée à vous ! 😉

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