La réprimande : une violence comme une autre …

Pour ceux qui se sont penchés sur la nature des veo (cf liste des veo) on retient et intègre souvent les violences « classiques »: les châtiments corporels (fessées, claques, tapes, tirages de cheveux etc.), humiliations, chantage, menaces, punitions, récompenses etc. Mais il y en a une qui n’est pas toujours connue et pourtant répandue en terme de « pratique parentale », notamment quand on débute dans la non violence éducative ou accompagnement respectueux, ou quand on n’a pas encore fait le tour de la question.
Pourtant cette violence est exactement du même ordre, en ce qu’elle impacte le cerveau de la même façon : la réprimande – c’est à dire le fait de se fâcher contre son enfant en l’accusant de ses erreurs et/ou le blâmant de notre état (Dr Gueguen cite bien la réprimande au même titre que les autres veo 1): « pourquoi tu as fais ça? Tu n’aurais pas dû! » « C’est idiot/pénible/méchant/bête/nul/pas sympa… » « Qu’est ce que j’ai fait pour mériter un enfant pareil?! » « J’en ai marre de toi/ce que tu fais/dis »
Même si on ne dit pas à notre enfant lors de ces remontrances des méchancetés explicites (ou pire des insultes), ou si on ne lui crie pas dessus ou si on ne lui fait pas les gros yeux, la grosse voix, etc, par le fait même de l’accuser, de lui faire comprendre qu’il est un problème, et ce même si on s’efforce de dissocier son comportement de sa personne, dans le cerveau de l’enfant s’allument les mêmes zones que celles de la douleur intense.
Pour l’enfant si l’adulte, notamment sa figure d’attachement, se met dans des états d’énervement c’est qu’il en est responsable. L’enfant se considère alors lui même comme un problème et son cerveau réagit donc en conséquence en état de stress et de culpabilisation. De la même façon quand un adulte a des attentes auxquelles l’enfant ne peut pas répondre : il se sent comme défaillant, il ne va jamais se dire que son parent en attend trop de lui mais il va se sentir juste incapable… Il est en situation d’échec du fait d’attentes irréalistes et porte sur ses petites épaules le poids de la responsabilité de la situation.
Cette information est importante pour trouver d’autres façons d’interagir : ça ne veut pas dire qu’il ne faut jamais être en colère ou s’énerver mais quand on l’est il est primordial de bien dissocier notre enfant de notre état: « ok la je suis très en colère ce n’est pas de ta faute » Et ce peu importe ce qu’il a fait, même s’il a commis la goutte d’eau qui a fait déborder le vase : il n’est pas responsable de l’eau déjà présente dans le vase et encore moins de la taille du vase…
Dans le discours on peut très bien expliquer à l’enfant à chaud qu’on ressent de la colère (cf notre article sur la gestion des émotions de l’adulte – en préparation) et qu’on a besoin de temps pour un retour au calme avant de pouvoir discuter avec lui.

Que faire ? Des pistes en plusieurs étapes…

1. Comprendre le fonctionnement cérébral d’un enfant.
* Se renseigner ce qu’il est légitime d’attendre de son enfant en fonction de son âge.
* Ne plus le voir sous le prisme de préjugés : caprices, manipulations, calculs, provocations etc
* Comprendre que derrière ses comportements il y a soit un besoin non rempli, soit une incompréhension de sa part ou une incapacité (ponctuelle comme quand il est pris par une émotion, ou temporaire comme ne pas avoir acquis les codes sociaux et règles de politesse)
2. Amorcer le dialogue
* La profondeur de la discussion sur le conflit lié au comportement de l’enfant qui nous a dérangé va dépendre de son âge.
* Ne pas se focaliser sur l’erreur commise/comportement inapproprié (ce qui est mal et sur les conséquences de ses actes).
* Lui expliquer l’attitude appropriée attendue et lui partager notre confiance à ce qu’il essaie d’adopter cette attitude la prochaine fois ou bientôt quand il sera en capacité de le faire.
3. Mise en situation et proposition de réaction: exemple de l’enfant qui tape
« Je sais que c’est difficile pour toi et que bientôt tu trouveras d’autres façons d’exprimer ta colère ». En fonction de notre état émotionnel et celui de l’enfant avoir cette discussion à froid est souvent plus productive, mais cela dépend de chacun et de la situation…
Certains vont penser : « oui mais alors il ne va jamais comprendre ses erreurs ni se responsabiliser »? Je répondrais alors : « qu’est ce que nous voulons? que nos enfants se sentent mal, culpabilisent et restent dans des sentiments de honte par rapport à leurs erreurs ou qu’ils apprennent à mieux faire? »
La réponse à cette question nous conduit naturellement à la position à adopter pour atteindre l’objectif choisi : on le sait un enfant ne peut apprendre dans la peur et le stress. Ces états bloquent son cerveau. Et les réprimandes génèrent autant de peurs et de stress que les autres veo précitées: je crois alors que dans une logique d’apprentissage notre choix sera vite vu… Si on passe notre temps à réprimander notre enfant pour son comportement et qu’on désespère que celui-ci n’évolue pas il faut peut être revoir la façon dont on gère la situation.
image
4. Partage personnel : de la théorie à la pratique
En théorie j’avais intégré une partie de ce raisonnement depuis longtemps.
Réprimande = veo = pas bien Pour mon enfant ok…
Mais quand mon fils me tapait lors de ses crises de colère, sur une période allant de ses 2 ans jusque environ 4 ans, cette connaissance était loin de me remonter au cerveau. Et c’est loin d’être une simple image car moi même j’étais envahie, submergée, par des émotions et qu’elles ne laissaient place à aucune rationalité : j’étais exactement comme l’enfant qui vit une tempête émotionnelle et qui ressent des pulsions de violence pour se défendre (me sentant moi même agressée par sa violence).
Je savais que s’il me tapait c’est qu’il souffrait lui même (un enfant qui fait mal A MAL). Mais comment être emphatique de sa souffrance alors que moi même je souffrais de son comportement. Il n y avait donc plus de place dans mon cerveau ni pour la réflexion ni pour l’empathie (empathie cognitive celle qui permet de comprendre ce que vit l’autre).
Avec un effort d’acceptation de ma propre souffrance et en la déconnectant des comportements de mon fils j’ai pu faire un premier pas (ok c’est lui qui tape mais si j’ai autant mal c’est que ça renvoie aussi des choses de mon propre passé dont il n’est pas responsable: le vase tout ça…).
Ça ne veut pas dire accepter la violence de mon fils, surtout pas, ça veut dire juste mieux comprendre mon état émotionnel et tenter de me reconnecter à lui. Je n’arrivais pas pour autant à supprimer la réprimande même si je les rendais moins violentes: je faisais des efforts à ne pas dire « tu me fais mal » je disais plutôt « je n aime pas les coups ça me fait mal ».
Je discutais toujours à froid avec mon fils de ces situations, il m’expliquait comment il n’arrivait pas à s’en empêcher car « son ventre lui dictait sa conduite ». C’était sa façon à lui de dire que c était pulsionnel et en théorie je savais aussi qu’ à son âge et jusque 5 ans le geste violent est une réponse normale dans le cadre d’une frustration (bien sur ce point est à nuancer en fonction du degré de violence, et de la fréquence: il peut y avoir alors d autres facteurs que la simple immaturité cérébrale).
Je voyais qu’ on était dans un cercle vicieux où avec mes réactions je l’enfermais dans son incapacité à faire autrement. J’ai alors tout simplement arrêté de dire qu’il me faisait mal. J’ai arrêté de souligner ses erreurs, je lui disais plutôt : « je vois que tu te sens mal » tout en parant les coups « si tu as besoin je suis là ».
Par ailleurs je cherchais à remplir les besoins non comblés de contact physique, même s’il y en avait déjà pas mal (cododo, allaitement, câlins) : je me suis mise à chahuter avec lui plus souvent (tous les jours) et plus longtemps des fois 1h ou 1h30… Ça fait maintenant plusieurs mois qu’on est sur cette « pratique » et mon fils a changé de façon d exprimer sa colère: il claque une porte et s’en va en pleurant au bout de 5 min il m appelle pour un câlin.
Je suis vraiment fière de son apprentissage et je suis aussi contente d’avoir pu inverser la vapeur en revoyant ma façon de faire. Je ne dis pas que c’est facile et que ça vient du jour au lendemain mais il y’a quelques infos à avoir comme celles partagée sur l’impact des réprimandes c’est un début mais ça ne résout pas tout. Il y a nos attentes, il y a les capacités de l’enfant, nos réactions à chaud, leur origine réelle etc. Surtout peu importe nos anciennes pratiques ça prendra peut être parfois un peu plus de temps mais il n’est jamais trop tard pour inverser la vapeur… Courage si vous vivez cette situation vous aussi ou tout autre qui vous oppose à vos enfants : vous disposez des ressources pour nouer de solides relations avec eux et les accompagner respectueusement.
Maja  pour Enfance Épanouie
sources :
1 Pour une enfance heureuse, Dr Catherine Gueguen
Publicités

6 réflexions sur “La réprimande : une violence comme une autre …

  1. ZunZun dit :

    Merci merci merci, c’est compliqué en ce moment à la maison et comme j’ai du mal à être dans le moment présent pour diverses raisons je supporte beaucoup moins que mes enfants soient des enfants, et je m’énerve bien plus vite que d’habitude. Et ce billet m’aide vraiment ! Nous partons en vacances 15 jours demain, une bonne occasion de remettre tout ça à plat avec le changement de cadre et la suspension de la routine. Merci !

    J'aime

  2. Suzanne dit :

     » Inverser la vapeur »n’est pas facile. Et si on commençait entre adultes , je veux dire les parents. Si on arrêtait de lever la voix, de se respecter, se parler avec tendresse, etc. La vie avec les enfants ne serait elle pas plus facile ?

    J'aime

    • enfanceepanouie dit :

      Oui je suis d’accord Suzanne c’est un tout on doit avoir un comportement cohérent pour moi il a été plus facile d’avoir d’abord de l’empathie envers les enfants. Cette empathie restaurée à été donc ensuite été utilisée dans mes relations aux adultes.

      Maja

      J'aime

  3. Alwyn B dit :

    Bonjour , vous ne craignez pas que le fait de lui dire « si tu as besoin , je suis là  » lorsqu’il vous frappe l’encourage à frapper quand il veut de l’attention, ce n’est pas un peu de la double contrainte ? Qu’il apprenne finalement que les femmes sont supposées accepter qu’on les frappe et réagir par plus d’amour à la violence (malheureusement attitude que l’on trouve systématiquement chez les femmes battues) ? Apparemment ça fonctionne pour vous , mais j’avoue que ça me fait complètement buguer. Je viens d’un autre style d’éducation un peu plus stricte et je me cherche sur la question de la parentalité ces temps ci , j’aurai eu tendance à considérer la violence comme inacceptable (et j’aurais porté une attention toute particulière à la situation ou un fils frappe sa mère de façon récurrente, à cause des problème de violences sexistes ) , inacceptable donc impliquant un acte fort , par exemple un « non » très ferme , et à défaut une mise à l’écart.
    – je sais que ces méthodes sont rejetées par la communauté « bienveillante » , je suis en train d’apprendre , ne tirez pas-
    Je trouve votre exemple très intéressant en ce qu’il pose de sacrées questions qui résonnent d’un point de vue sociologique. je remarque que étrangement ce type de témoignage vient surtout de mères de garçons. je suis ouvert à des témoignages venant de mères de petites filles d’ailleurs .

    J'aime

    • enfanceepanouie dit :

      Alwyn je comprends ton interrogation sur l’éducation des garçons vs la condition des femmes mais je n’y vois aucune corrélation.
      Deja j’ai une fille et ça se passe de la même façon mes postures sont les mêmes. Elle et plus petite mais se developpe à un rythme similaire d’ailleurs avec mon fils j’avais commencé par les non fermes escaladant en violences avec ma fille je ne referai donc pas cette erreur et je suis sure que ça réduira de fait la fréquence des coups (pusique ça n’entretiendras pas le shema que j’explique dans l’article)

      Ensuite être ferme vis à vis de la violence c’est dire à froid qu’on ne veut pas la subir, expliquer nos principes de non violence et résolutions pacifiques à FROID donc
      car à chaud cela ne sert à rien: peu importe le sexe de l’enfant son cerveau fonctionne de la même façon – il est submergé émotionnellement et ce dont il a besoin c’est de l’aide et du support pour trouver des alternatives non violentes quand il en sera capable.
      Donc non ce n’est pas une double contrainte c’est une priorisation des besoins : le besoin d’aide de mon enfant à cet instant est plus important que mon besoin de sécurité. D’ailleurs je suis l’adulte en charge et c’est à moi de prendre en charge mes besoins tout en aidant mon enfant. Se contenter de dire non n’aide personne et souvent ça m’enferme dans un shema de protection et du coup d’opposition (sans compter le rejet et la violence de la mise à l’écart à laquelle tu fais référence) à mon enfant alors que ce dont il a besoin c’est de l’accompagnement
      Oui c’est plus difficile de se montrer aimant et soutenant quand notre enfant rencontre des difficultés et cela peu importe son sexe si tous les enfants étaient élèvés dans l’amour inconditionnel, la confiance et le respect (ce donc peu importe leurs comportements) il n’y aurait aucune femme battue.
      D’ailleurs je n’aime pas parler de femmes battues ce qui entretient inconsciemment l’idée d’un état dont elles auraient une forme de responsabilité, je préfère parler d’hommes violents qui battent leurs femmes ou de femmes violentes qui battent leurs enfants (en fait les 2 sont le Meme problème : des adultes qui ont grandit avec une incompétence à exprimer leurs émotions de facon non violente et un sentiment de pouvoir sur plus faible que soit…) pour moi il n’y a aucun rapport de sexe ou raport de force de sexe cette vision est très restreinte de cette problématique on en sortira pas si on reste rivés sur le sexe
      Par contre si on se centre sur l’enfance et la place des enfants et nos relations à eux, il y a des chances que le rapport de force et les violences qui en découlent n’interviennent plus dans les relations entre les individus.
      Et c’est pour moi important donc de répondre en n’entretenant pas ces shemas (rapport de force) si on veut s’en débarrasser elle est plutôt là la double contrainte 😉

      Maja

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s